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Amnesty
International
BULLETIN
D'INFORMATION 94/02
31 mai 2002
MISSION
DE L'UNION EUROPÉENNE EN ALGÉRIE
Assez
de discussions « secrètes » !
Questions d'Amnesty
International à Javier Solana, Josef Pique, Per Stig Møller
et Chris Patten
Index AI : MDE 28/014/02
LETTRE OUVERTE DE DICK OOSTING, DIRECTEUR DE L'ASSOCIATION D'AMNESTY
INTERNATIONAL POUR L'UNION EUROPÉENNE
Messieurs,
À la veille de la mission de l'Union européenne (UE) prévue
cette semaine (mercredi 5 juin 2002) en Algérie, Amnesty International
souhaite vous soumettre quelques questions très urgentes concernant
les relations entre l'UE et l'Algérie. Le secret qui entoure les
discussions entre l'Union européenne et les autres pays préoccupe
de nombreux citoyens européens, d'autant plus quand il s'agit de
pays qui, comme l'Algérie, continuent d'être le théâtre
de graves atteintes aux droits humains, telles que des homicides, des
actes de torture et des mises en détention secrètes. En
effet, les citoyens européens, ainsi que les organisations de défense
des droits humains comme la nôtre, n'ont aucun moyen de savoir si
la question des droits fondamentaux est effectivement abordée dans
le cadre de ces discussions, comme le prévoient le droit européen
et les clauses relatives aux droits humains des accords d'association
de l'Union européenne. Le fait que la situation des droits humains
en Algérie ne montre aucun signe d'amélioration malgré
la signature récente d'un accord d'association semble indiquer
que les efforts secrets de l'UE n'ont pas convaincu les autorités
algériennes d'agir.
Nous demandons donc
qu'il soit mis fin au secret qui entoure ces discussions, et nous aimerions
que vous, représentants des citoyens européens, ayez davantage
de comptes à rendre.
Au vu du récent
accord d'association signé entre l'Union européenne et l'Algérie,
Amnesty International vous invite à poser cinq questions précises
aux autorités algériennes lors de votre visite dans le pays
cette semaine. Elle vous demande aussi, à votre retour d'Algérie,
de faire une déclaration publique sur les réponses obtenues
à ces cinq questions.
Les homicides
de manifestants
Les faits : en Algérie, depuis avril 2001, une centaine de civils
non armés ont été tués dans le cadre de manifestations.
Une commission d'enquête officielle a été créée
pour examiner les circonstances de certains de ces homicides, et a conclu
que les forces de sécurité avaient à plusieurs reprises
usé abusivement de la force meurtrière.
Question : plus d'un an après le début de cette vague
d'homicides, des membres des forces de sécurité ont-ils
été poursuivis ?
Les homicides
de civils dans le cadre du conflit armé
Les faits : le nombre de personnes tuées dans le cadre du conflit
armé reste terriblement élevé, puisqu'il continue
d'avoisiner les 200 par mois. Certaines de ces victimes sont des civils
tués par des groupes armés lors d'attaques ciblées
ou d'attentats aveugles.
Question : quelles mesures concrètes sont-elles prises pour
s'assurer que des enquêtes exhaustives, indépendantes et
impartiales soient menées sur ces homicides ?
Les « disparitions
»
Les faits : depuis 1993, quelque 4 000 personnes ont « disparu »
après avoir été arrêtées par des membres
des forces de sécurité ou des milices armées par
l'État. Or, aucune mesure efficace n'a été prise
pour que la lumière soit faite sur le sort de ces personnes.
Question : des enquêtes exhaustives, impartiales et indépendantes
ont-elles été menées sur certains de ces cas de «
disparitions » et, si oui, les familles des victimes ont-elles été
informées des conclusions de ces enquêtes ?
Les actes d'intimidation
à l'encontre de défenseurs des droits humains
Les faits : les actes d'intimidation à l'encontre de défenseurs
des droits humains se multiplient. Le dernier cas recensé par Amnesty
International est celui du défenseur des droits humains Abderrahmane
Khelil et de son ami Sid Ahmed Mourad, qui ont été condamnés,
le 26 mai 2002, à une peine d'emprisonnement de six mois avec sursis
pour avoir enquêté sur l'arrestation arbitraire de plusieurs
étudiants.
Question : les autorités algériennes vont-elles cesser d'entraver
les activités des défenseurs des droits humains ?
Le refus d'autoriser
les observateurs internationaux à pénétrer sur le
territoire algérien
Les faits : les autorités algériennes continuent d'interdire
l'accès à leur territoire aux représentants des Nations
unies et aux organisations non gouvernementales internationales de défense
des droits humains, telles qu'Amnesty International.
Question : les autorités algériennes vont-elles inviter
dans leur pays les experts des Nations unies qui en ont fait la demande,
à savoir le Groupe de travail sur les disparitions forcées
ou involontaires, le rapporteur spécial sur la torture et le rapporteur
spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou
arbitraires, et vont-elles autoriser la visite d'organisations non gouvernementales
internationales, telles qu'Amnesty International ?
Dans l'attente de
vos réponses, je vous prie d'agréer, Messieurs, l'expression
de ma haute considération.
Dick Oosting
Directeur de l'Association d'Amnesty International pour l'Union européenne.
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Pour obtenir de plus
amples informations, veuillez contacter le Service de presse d'Amnesty
International, à Londres, au +44 20 7413 5566 ou consulter notre
site web : http://www.amnesty.org, où vous pourrez trouver le dernier
rapport d'Amnesty International sur l'Algérie, intitulé
: Algérie. Quand les gestes symboliques ne sont pas suffisants
: les droits humains et l'accord entre l'Union européenne et l'Algérie
(index AI : MDE 28/007/02), paru le 19 avril 2002.
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