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La guerre des clans redouble au sein du pouvoir Le general Betchine, proche de Zeroual, cible d'une campagne mediatique. José Garçon, Libération, 7 aout 1998 L'evenement est une premiere dans un pays ou les tres hauts responsables politico-militaires nourrissent toutes les conversations mais jamais la une des medias. Jour apres jour pourtant, le general Mohamed Betchine, l'un des cinq ou six hommes forts Ancien chef du systeme, ancien chef de la Securite militaire, la de la Securite police politique du regime, conseiller et proche militaire, Betchine parmi les proches du President, a fait les titres de la presse privee. Le 22 juillet, la une du quotidien est presente comme le Matin - sa photo surmontee d'un enorme titre: un « monsieur "Veut-on la tete de Betchine?" - faisait sensation. import-import », Au vu de la violence des mises en cause du allusion a conseiller du President, la question merite ses interets effectivement d'etre posee. financiers. Tout a commence debut juin avec une serie d'articles et d'interviews au vitriol de Nourredine Boukrouh, le chef du petit Parti du renouveau algerien, guere habitue jusque-la a s'opposer aux decisions strategiques du regime. Cible apparente: le systeme qualifie de "cloaque" ("dans notre pays tout est anormal, falsifie, perverti [...] l'epoque se caracterise par la fraude, la promotion des mediocres, le rappel des figures honnies du passe, l'achat des hommes et des partis [...] le pouvoir ne voit pas les problemes en termes d'avenir pour tous, mais de duree pour quelques-uns"). Cible reelle: Mohamed Betchine, traite de "monsieur Import-Import", allusion a l'empire financier de celui dont "le mythe a pris la place et surpasse le mythe du general Belkheir" (l'homme fort de la presidence Chadli, ndlr). Certes, ces brulots a repetition ont valu a leur auteur une convocation a la police judiciaire. Mais il est neanmoins remarquable que des quotidiens prives - connaissant bien les "lignes rouges" a respecter s'agissant des hauts responsables militaires - aient publie de tels articles, dont les auteurs, pour moins que cela, s'exposent generalement a des consequences plus redoutables. "Sans la "couverture" d'un autre clan de l'armee, ils ne pourraient pas s'y aventurer", explique un expert. Ces attaques, comme la revelation, dans la foulee, d'une autre affaire mettant egalement en cause Betchine, semblent en effet le signe d'une aggravation des luttes au sommet de l'Etat. Les clans au pouvoir, qui n'ont jamais retrouve leur point d'equilibre depuis la crise qui avait culmine apres les grands massacres de l'ete dernier, se dechirent en effet a nouveau. Mais cette fois par presse interposee, meme si le clan oppose au general Betchine n'est jamais nomme. A lui seul, le silence peu conforme a la personnalite du conseiller presidentiel indique qu'il sait avoir affaire a forte partie. Jusqu'ici, en effet, seules la "famille revolutionnaire", federee dans le RND, le parti presidentiel cree par Betchine, et les associations "de masse" se sont lancees dans la defense de l'eminence grise du chef de l'Etat. L'agence officielle APS, a, elle, diffuse des messages de solidarite et denonce "le complot de cercles qui veulent destabiliser les institutions", cercles jamais identifies, mais que l'on sait proches du chef d'etat-major, le general Lamari. A l'origine de ces nouvelles man¦uvres souterraines, il y a incontestablement la place prise - et pas seulement sur la scene politique - par Mohamed Betchine. Depuis plusieurs mois en effet, le serail bruit d'histoires sur les "malversations financieres", le "clanisme", les marches captes "abusivement" par cet homme qui, fort de ses anciens reseaux, s'est assure de "services" paralleles. Le dynamisme financier excessif attribue au general Betchine explique sans doute une grande partie des attaques dirigees contre lui par un serail qui n'apprecie guere la remise en cause du partage des chasses gardees commerciales. Mais cette offensive est aussi motivee par l'election presiden- tielle prevue en l'an 2000. Certes, personne n'evoque cette echeance publiquement. Mais les differents clans du regime s'y preparent deja activement. Mohamed Betchine est-il tente par un "destin national", comme le suggere une partie de la presse privee? Les attaques contre lui viseraient des lors a empecher son ascension. A moins qu'en affaiblissant l'homme de confiance de Liamine Zeroual, les chefs militaires visent en realite ce dernier qui a eu le tort, depuis son election en 1995, de vouloir consolider son pouvoir pour devenir un chef a part entiere. Une erreur a ne pas commettre dans un pays ou le President ne doit etre que l'expression publique du (fragile) equilibre des "decideurs". La volonte du President et de son conseiller de surfer sur une mouvance "islamo-conservatrice" explique par ailleurs que la montee au creneau contre le general Betchine soit le fait des journaux et des partis les plus anti-islamistes. "Plus par tactique et par tradition culturelle, la presidence entend jouer sur l'orthodoxie arabiste, islamiste et sur le nationalisme et se cherche une "clientele" dans ces sensibilites", remarque un responsable de l'opposition. "Cela ne fait qu'ajouter a la confusion, l'autre clan et ses allies, qui se presentent a l'etranger comme "modernistes" et "laics" n'ayant jamais hesite a utiliser la religion. Aucun haut responsable ne s'est par exemple prononce pour l'abrogation du code de la famille." Reste que ces positionnements sont susceptibles de remettre en cause l'equilibre des forces au sommet de l'Etat. Avec les risques de derapage dans la rue que cela comporte. * Huit personnes ont ete assassinees dans la nuit de mercredi a jeudi pres de Bouira. Neuf miliciens avaient ete tues samedi a Bouira dans une embuscade tendue par un groupe arme.
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www.algeria-watch.org
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