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Interview avec Salima Ghezali Salima Ghezali sort de ses gonds La tournure prise, à Alger cette semaine, par la mission de la délégation du Parlement européen laisse un goût de cendres à un certain nombre d'Algériens. Parmi eux, nous avons interrogé par téléphone Salima Ghezali, directrice du journal «La Nation» - fermé depuis décembre 1996, officiellement pour dettes impayées -, qui est par ailleurs titulaire de nombreuses distinctions honorifiques décernées dans le monde ces dernières années (dont le prix Sakharov des droits de l'homme qui lui fut remis par... le Parlement européen à Strasbourg en décembre dernier). Que vous inspire le satisfecit en matière de démocratisation décerné par les neuf parlementaires européens à l'Algérie? Je suis plus que consternée! Je suis proprement scandalisée par le comportement plein de légèreté affiché par Daniel Cohn-Bendit, et celui, fait de mépris, d'André Soulier, chef de la délégation. On peut parler d'un échec des Européens face à la France. A Strasbourg, en décembre, j'avais rencontré de nombreux parlementaires européens qui s'étaient déclarés décidés à rompre l'hégémonie française qui prévaut dans l'Europe des Quinze pour tout ce qui concerne l'Algérie. Or la France bloque tout le dossier. Et ce qui vient de se passer confirme la donne: la mission (composée de quatre députés français sur neuf, NDLR), était emmenée par un Français. Il paraît même que ce dernier avait été reçu par Jacques Chirac avant d'aller à Alger. Ainsi l'Europe continue, sans surprise, à ne pas se définir et, en fait, à soutenir le régime algérien à l'instigation de Paris. Pourtant, la troïka européenne dépêchée à Alger en janvier s'était montrée plus critique... Il faut croire que, justement, il fallait effacer cette impression. Vous savez, les intérêts financiers priment. Pour le reste, l'Algérie demeure l'une des nombreuses illustrations de l'absence de politique étrangère cohérente des Quinze. Qu'est-ce qui vous heurte le plus? Sous le prétexte qu'ils sont venus sur place quelques jours, ces eurodéputés soutiennent, toute honte bue, le régime, sans un mot pour stigmatiser la dictature, les milliers de morts, la torture; il fallait sans doute noyer l'idée d'une commission d'enquête internationale. Diriez-vous qu'ils n'ont pas compris la différence entre ce que les Algériens nomment «le pouvoir réel» (l'oligarchie militaire) et ceux qui les ont reçus, acteurs de ce que vous aviez appelé «la démocratie bouffonne» dans votre discours au Parlement européen (applaudi unanimement debout!)? Bien sûr! Ces députés européens n'ont, au mieux, qu'une connaissance superficielle de l'Algérie, comme Daniel Cohn-Bendit qui a surtout soigné son image de contestataire en jouant sa propre caricature. Mais, vous savez, le geste d'un Soulier déchirant une lettre du FIS, les nombreux Algériens à qui j'en ai parlé ont pris cela comme une gifle. Je suis une adversaire politique du FIS, mais il y a évidemment autre chose à faire qu'une déclaration de guerre de ce genre, que ce mépris total, même s'il s'agit de faire plaisir au régime. Pourquoi n'ont-ils pas simplement refusé de prendre la lettre? L'Europe vous décourage? On commence à connaître l'hypocrisie européenne. Il existe bien sur votre continent quantités de gens, d'ONG qui pensent autrement que comme des marchands, mais le numéro gesticulatoire des eurodéputés à Alger cette semaine, c'était la totale! Enfin, au moins les choses sont-elles claires désormais, on sait comment l'Europe nous traite. Nous avons dû arracher notre indépendance nous-mêmes; eh bien! nous arracherons notre démocratie seuls. Propos recueillis par BAUDOUIN LOOS 14/02/98 - © Rossel & Cie SA - LE SOIR Bruxelles
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www.algeria-watch.org
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