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Henri
Alleg et Germaine Tillion parlent de la torture
Propos recueillis par
Ali Ghanem, Le Quotidien d'Oran, 20 janvier 2001
Trois généraux:
Bigeard pleure, "je vais me venger"; Aussaresses ne regrette rien;
Massu dit: "si la France reconnaissait et condamnait ces pratiques, je
prendrais cela pour une avancée". Et deux témoins parlent:
Germaine Tillion et Henri Alleg.
La torture en Algérie a commencé à être pratiquée
par l'armée française en 1951", écrivait Claude Bourdet
dans l'hebdomadaire France-Observateur, et l'écrivain Daniel Guérin
la dénonçait aussi en janvier 1955, parlant à ce sujet
de "méthodes de la Gestapo".
Pendant la Guerre d'Algérie, la torture par l'armée et la police
française est devenue monnaie courante. Combien d'Algériens ont
subi la torture, combien de militants français qui ont subi le même
sort ? Depuis 40 ans, les militants algériens et français dénoncent
la torture en Algérie à travers leurs discours et leurs écrits.
Le 20 juin 2000, Louisette Ighilahriz témoigne dans le quotidien Le Monde
en accusant les généraux Massu et Bigeard de l'avoir torturée
à l'époque de la Bataille d'Alger. Un groupe d'intellectuels français
(H. Alleg, J. Audin, S. de La Bollardière, N. Dreyfus, N. Favrelière,
G. Halimi, A. Liechti, M. Rebérioux, L. Schwartz, G. Tillion, J.P. Vernant,
P. Vidal-Naquet) lancent un appel dans L'Humanité pour condamner la torture
en Algérie: "Des deux côtés de la Méditerranée,
la mémoire française et la mémoire algérienne resteront
hantées par les horreurs qui ont marqué la Guerre d'Algérie
tant que la vérité n'aura pas été dite et reconnue.
Ce travail de mémoire appartient à chacun des 2 peuples... Tragédie
dont les autorités françaises portent la responsabilité
essentielle en raison de leur obstination à refuser aux Algériens
leur émancipation".
Les généraux Massu et Aussaresses ont reconnu officiellement avoir
pratiqué la torture en Algérie. Malgré ces déclarations,
le Premier ministre français Lionel Jospin dit que c'est aux historiens
de faire la vérité complète et refuse de nommer une commission
parlementaire sur ce sujet. Récemment, Jacques Chirac, président
de la République, interrogé sur ce sujet, dit qu'il ne faut pas
rouvrir les plaies au nom de la profonde amitié existant entre les deux
peuples.
Depuis le mois de novembre, tous les médias français mènent
une campagne pour dénoncer la torture pendant la Guerre d'Algérie.
Le magazine Marianne publie une série de photos horribles d'hommes et
de femmes torturés ainsi que des chiens lâchés sur des hommes,
avec un titre qui précise: "Voilà ce que nous avons fait".
Le Monde consacre tout un chapitre de son numéro spécial "Fin
de siècle", sur papier glacé, à cette question en
publiant également des photos d'hommes et de femmes enchaînés
et d'autres horreurs. Louisette Ighilahriz figure également dans ce numéro:
on la montre debout devant la baignoire qu'elle a fleurie, autrefois utilisée
à la Villa Masquotte. Elle devrait bientôt rejoindre le Musée
de la Mémoire de la Guerre d'Algérie.
Hasard du calendrier, la biographie de Germaine Tillion par Jean Lacouture,
"Le témoignage est un combat", vient de sortir: une partie
est consacrée à son combat contre la torture en Algérie.
Elle vient elle-même de faire paraître un livre "Il était
une fois l'ethnographie" qui parle aussi de l'Algérie. (Ces deux
derniers ouvrages sont parus aux Editions du Seuil).
Jospin dit que c'est aux historiens de faire le travail: la thèse de
Raphaëlle Branche sur la torture en Algérie, approuvée à
l'unanimité par un jury d'historiens, ne constitue-t-elle pas ce travail
? Sa thèse contient 1.211 pages; elle doit sortir prochainement aux Editions
Gallimard. Le jury était composé de Pierre Vidal-Naquet, Raoul
Girardet, Alain Maillard de la Morandais et Jean-Charles Jauffret. Une autre
historienne, Sylvie Thénault, a écrit une autre thèse qui
va sortir aux Editions de la Découverte sur "La justice dans la
Guerre d'Algérie". A elles deux, elles ont traité de l'appareil
d'Etat dans son ensemble.
Comme tout le monde à Paris parle de la torture, j'ai interrogé
quelques députés de droite dans les couloirs de l'Assemblée
Nationale: "La torture pendant la Guerre d'Algérie, ce n'était
pas notre affaire, c'était l'affaire des socialistes". Quant aux
socialistes, ils disent: "Notre Premier ministre a fait une déclaration
sur ce sujet-là".
Comme je n'étais pas convaincu, j'ai parlé à un député
que je connaissais, qui ne veut pas être cité. Il m'a dit: "Les
socialistes sont mal à l'aise sur le sujet de la torture pendant la Guerre
d'Algérie, quand les gens au pouvoir s'appelaient Guy Mollet, Mendès-France,
Soustelle, Mitterrand". Il a également ajouté: "Vous
aussi les Algériens vous avez pratiqué la torture".
J'ai voulu en savoir plus: j'ai contacté Germaine Tillion et Henri Alleg,
ancien directeur d'Algérie Républicain, historien et auteur du
livre sur la torture "La Question". Récemment, il a écrit
à Jospin et à Chirac au nom de son association pour leur demander
de condamner officiellement la torture en Algérie.
Le Quotidien d'Oran: 50 ans plus tard, le gouvernement français a reconnu
les atrocités commises par la police française de l'époque
à l'encontre des Juifs. Il ne veut pas reconnaître officiellement
la torture en Algérie, le Premier ministre français Lionel Jospin
proposant de créer une commission d'historiens...
Henri Alleg: Il faut dire tout d'abord qu'il y a quand même une différence,
en ce sens qu'il est plus facile de dire que c'est l'Etat vichyssois avec Pétain
qui a été condamné, mais c'est tous les gouvernants français
qui ont participé à la répression et à la colonisation,
depuis Guy Mollet qui était socialiste jusqu'à De Gaulle. Donc,
c'est plus facile en un sens.
Q.O.: Pourquoi Jospin refuse-t-il une commission de députés et
demande-t-il que cela soit des historiens. Y a-t-il contradiction ?
H.A.: Avec une commission, on peut avoir deux manières: soit on ouvre
les dossiers et on permet aux acteurs, aux témoins, aux victimes de dire
ce qui s'est réellement passé et alors c'est très bien;
soit on enterre le dossier. L'idée des historiens, par ailleurs, ce ne
sont pas nécessairement des gens qui doivent être considérés
comme intransigeants et objectifs. Il y a de tout: il y a des historiens objectifs
qui ont dénoncé la torture, et il y a des historiens, professeurs
à la Sorbonne et tout, qui défendent les militaires en disant:
c'est exagéré, ce n'est pas vrai.
Q.O.: D'après toi, ce renvoi aux historiens, c'est une sorte de fuite
?
H.A.: Peut-être que celui qui a eu cette idée était sincère,
mais ce n'est pas suffisant. Il faut qu'il y ait dans cette commission des députés,
des parents des victimes, tous ceux qui ont quelque chose à dire et qui
peuvent être de bonne foi.
Q.O.: La France, dit-on, est le pays de la liberté, des droits de l'homme.
Mais quand il s'agit de ses propres problèmes, elle ne les reconnaît
pas. Quand il s'agit des crimes de guerre ailleurs ou du droit d'ingérence,
elle est toujours là la première pour aller balayer ailleurs,
mais pas devant sa porte...
H.A.: Tu as tout à fait raison. D'un côté, pour "raison
d'Etat", ils vont soutenir dans tel ou tel pays telle ou telle action,
mais, par contre, ils ne diront rien pour un autre.
Q.O.: J'ai vu Bigeard à la télévision qui a dit que les
journaux parlaient trop, qu'il y avait juste quelques coups de gégène.
Et d'un coup, il se met à pleurer et dit: je vais me venger. De quoi
?
H.A.: Il y a 2 sortes de militaires: ceux qui disent oui, il faut assumer, maintenant
que c'est fini. Massu est un homme de 93 ans, il est croyant et dans sa tête
il doit se passer des choses. A l'époque où l'on torturait en
Algérie, il avait demandé à un aumônier de l'armée
(des parachutistes) qui s'appelait le Père Delarue de faire un texte,
une homélie, disant que c'était permis de torturer dans certaines
circonstances...
Le Quotidien d'Oran: Est-ce que c'est le hasard ou un choix qui t'a amenée
dans les Aurès dans les années 30 pour étudier la population
de cette région ?
Germaine Tillion: Ce n'est ni le hasard ni un choix. C'est une société
internationale dont étaient membres, entre autres, l'Angleterre, l'Allemagne
et la France, qui envoyait des équipes pour mener des études ethnologiques
dans toutes les régions du monde. Cette année-là, c'était
à la France de recevoir les crédits. Le représentant de
la France, Marcel Mauss, qui était mon professeur, m'a proposée
pour cette mission. Au départ, j'ai été un peu déçue
que l'on m'envoie si près de chez moi: j'aurais préféré
aller plus loin, dans des régions complètement différentes,
le Tibet, l'Amérique du Sud... Mais bon, je n'ai pas regretté
(sourire).
Q.O.: Tu n'as pas eu peur de te trouver seule dans les Aurès ?
G.T.: Non.
Q.O.: Les Aurésiens t'ont bien accueillie ?
G.T.: Oui.
Q.O.: Grâce à ton travail, les Aurès sont devenues célèbres
et d'autres ethnologues sont venus dans cette région. Qu'est-ce que la
population de cette région a de particulier ?
G.T.: Ils y seraient allés de toute façon, car il faut tout visiter,
tout voir, sinon comment vivraient les écrivains ?
Q.O.: En lisant le livre de Jean Lacouture, je constate que les militants algériens
de l'époque de la guerre avaient de la sympathie pour toi...
G.T.: Oui, en effet. Il se trouve que je connaissais depuis longtemps des militants
algériens avant qu'ils ne soient des militants, et il se trouve aussi
que j'en ai tiré pas mal de prison !
Q.O.: Comment as-tu connu la famille de Mustapha Ben Boulaïd ?
G.T.: J'ai connu un peu tout le monde dans la région, tu sais. J'ai connu
sa famille parmi tant d'autres. J'ai passé plusieurs années dans
les Aurès: 2 missions internationales de 34 à 38, puis retour
à Paris où je travaille sur ma thèse, qui est jugée
intéressante, et à la création du CNRS en France on me
charge de 2 autres missions. J'ai quitté l'Algérie à cette
époque en 1940.
Q.O.: Tu rentres en France, tu fais de la résistance, on t'arrête
à Paris à la gare de Lyon et on t'envoie dans le camp de concentration
de Ravensbruck. Est-ce que le fait d'avoir vécu isolée dans les
Aurès t'a aidée à survivre ? Après ton séjour
à Ravensbruck, tu retournes en Algérie. Est-ce que ton regard
sur l'Algérie a changé ?
G.T.: Ma situation dans le camp n'avait rien à voir avec la solitude
des Aurès. Dans le camp, j'étais Nacht und Nebel, Nuit et Brouillard,
je ne devais pas revenir. Dans les Aurès, si j'étais relativement
isolée, j'étais en confiance, je n'avais que des amis autour de
moi. Quand je suis revenue en Algérie, ce n'est pas mon regard, c'est
l'Algérie qui avait changé. Dans les années 30, les conditions
de vie des paysans algériens que je connaissais étaient comparables
à celles de paysans français. Quand je suis revenue 14 ans plus
tard, c'est à celles des paysans de certaines régions d'Afrique
noire, c'est-à-dire des pays les plus pauvres, qu'elles étaient
comparables.
Q.O.: Après avoir fait la résistance et ta déportation,
comprends-tu mieux la révolte des Algériens pour leur indépendance
?
G.T.: A mon retour en 1954, j'ai trouvé des Algériens musulmans
- plus musulmans qu'Algériens d'ailleurs - et un million de catholiques.
Ce sont les ouvriers algériens qui travaillaient en France qui ont pris
conscience de leur algérianité parce qu'on les a traités
en étrangers, et la population musulmane en Algérie a suivi parce
que les Français ont réprimé durement et aveuglément.
Q.O.: Te considères-tu comme un témoin, une intellectuelle ou
une militante ?
G.T.: Comme un témoin, un témoin du siècle: j'avais 7 ans
à l'annonce de la première Guerre Mondiale.
Q.O.: En 1955, tu as créé en Algérie les Centres sociaux.
G.T.: Oui, j'ai créé les Centres sociaux, car c'était important.
Leur objectif peut s'énoncer en 3 mots: éducation, santé,
formation professionnelle. Et j'y ai connu des gens qui représentaient
un petit noyau évolutif qui a été l'élément
moteur de la guerre et d'un jeune pays moderne. Malheureusement, beaucoup d'entre
eux ont disparu pendant la guerre.
Le Quotidien d'Oran : En 1956, tu es à Paris, tu restes en contact avec
l'Algérie: des amis, Mouloud Feraoun entre autres, t'alertent sur la
souffrance du peuple algérien, sur la torture pratiquée par l'armée
dans les prisons...
Germaine Tillion : C'est exact. Nous discutons alors avec d'anciens camarades
de la résistance française afin de voir ce que l'on peut faire
pour que l'on ne touche pas aux prisonniers.
Q.O.: En 1957, la Commission internationale contre le régime concentrationnaire,
créée par David Rousset, t'envoie en Algérie avec une Norvégienne,
Lise Borsüm, un avocat hollandais B.W. Stomps, un médecin belge,
le Dr Georges André, et un autre Français, Louis Martin Chauffier,
pour aller enquêter sur la torture dans les camps et les prisons. Un jour,
tu es à l'hôtel Saint Georges et une jeune femme vient te voir
en te disant: "Ils veulent te voir". Tu te retrouves dans une maison
à la Casbah, avec Yacef Saadi et Ali La Pointe, armés jusqu'aux
dents, Fatiha Bouhired, Zohra Drif et le guide. Vous avez une discussion avec
Yacef Saadi qui dure 5 heures. Yacef Saadi et Ali La Pointe te parlent de la
torture, ce à quoi tu réponds que tu es bien informée,
mais tu leur cites également le massacre commis par le FLN à Mélouza
dont la population était sympathisante des messalistes... Et en partant,
tu prends Ali La Pointe par le col de sa chemise et tu le secoues en lui disant:
"Le sang innocent crie vengeance". Intimidé, il te répond:
"Oui, M'dame". Tu es vraiment une sacrée bonne femme. Tu n'as
pas peur ?
G.T.: Non, je n'avais pas peur. Et à aucun moment je n'ai été
inquiète pour ma propre sécurité, car je pensais que je
ne risquais rien. Mais j'avais peur pour eux: je les considérais comme
des assassins et également comme des futures victimes, j'avais peur dans
les deux sens: de ce qu'ils pouvaient faire et de ce qu'ils risquaient.
Q.O.: Tu rentres à Paris et tu apprends plus tard que Yacef Saadi et
son équipe sont arrêtés par les militaires. Tu fais des
interventions un peu partout, jusqu'au général De Gaulle, afin
qu'ils puissent être jugés dans de bonnes conditions. Tu es même
partie à Alger avec ta soeur pour témoigner en leur faveur, malgré
les menaces qui pesaient sur toi.
G.T.: J'ai fait une déposition écrite que j'ai envoyée
au tribunal militaire pour que ces gens ne soient pas condamnés à
mort et exécutés. Cette déposition, je ne l'ai pas seulement
envoyée aux juges, car, à cette époque, la manière
"normale" de juger des terroristes, c'était de les condamner
à mort; je l'ai aussi remise en mains propres au général
De Gaulle, au Garde des Sceaux, aux directeurs du Monde, du Figaro, de France
Soir et à des amis comme Albert Camus, car l'enjeu de ce procès
était très politique. C'est cette déposition qui s'est
trouvée entre leur tête et la guillotine jusqu'à la révolution
du 13 Mai: à partir du moment où l'on publiait ma déposition
(ce que j'aurais fait s'ils avaient été exécutés),
l'armée française et les pieds-noirs entraient en guerre avec
le gouvernement républicain français parce qu'on y lisait que
le gouvernement français avait pris contact avec le FLN.
Q.O.: Cela fait plusieurs années que l'on parle de la torture. Il n'y
a que maintenant que les généraux Massu et Aussaresses reconnaissent
officiellement sa pratique à l'échelon national en Algérie,
et le général Bigeard continue à nier, pleure à
la télévision en disant qu'il va se venger. Toi qui as dénoncé
la torture au moment où elle se pratiquait, que penses-tu de leurs déclarations
?
G.T.: Je suis contre la torture dans l'absolu. Je pense qu'il faut arrêter
la torture au moment où elle existe.
Q.O.: Que penses-tu de la déclaration du Premier ministre Lionel Jospin
qui propose qu'une commission d'historiens fasse un travail de recherche sur
la torture, au lieu que le gouvernement reconnaisse officiellement que la torture
a été pratiquée ?
G.T.: Il a raison.
Q.O.: En tant que témoin, est-ce que tu prends parti ?
G.T.: Oui, mais quand l'autre est écrabouillé, je le défends,
je défends les victimes.
Q.O.: 50 ans après, le gouvernement français a dénoncé
les atrocités commises à l'encontre des Juifs sous le gouvernement
de Vichy . Pourquoi n'en fait-il pas de même pour l'Algérie ?
G.T.: On ne peut pas comparer les 2 choses. C'est tout à fait différent.
Q.O.: (Je la regarde dans les yeux) Ça te pose un problème ?
G.T.: Pas du tout.
Q.O.: Alors je veux que tu me donnes ton point de vue. Quelle est la différence
?
G.T.: (Elle réfléchit longuement) J'ai connu les 2 époques
et je ne les compare pas. Les conditions étaient différentes.
Dans le problème juif, il n'y avait pas le problème du territoire.
C'est trop compliqué, il faudrait en parler beaucoup plus longtemps.
C'est très compliqué.
Q.O.: En tous les cas, Germaine, tu ne réponds pas à ma question.
Pierre Vidal-Naquet dit à propos de la torture: "La torture est
un crime d'Etat et j'attends une déclaration de l'Etat, de Jacques Chirac."
G.T.: Je suis d'accord avec Vidal-Naquet.
Q.O.: Les Français qui ont torturé en Algérie ont eu la
même pratique que la Gestapo et ils le disent eux-mêmes.
G.T.: La finalité de la Gestapo, c'était de tuer des gens. La
police militaire avait pour objectif de découvrir les gens qui faisaient
des attentats et si possible de ne pas les tuer: certains ont utilisé
l'électricité pour essayer de ne pas tuer tout en obligeant les
gens à parler, et je trouve cela idiot, et il faut le dire à ceux
qui torturent en ce moment. Les finalités étaient différentes.
Q.O.: A Antenne 2, Claude Sérillon demande à Paul Aussaresses
s'il a des remords à propos de la torture en Algérie. Paul Aussaresses
répond que non. Que penses-tu de son attitude ?
G.T.: Je ne le connais pas et j'ignore ce qu'il pense.
Q.O.: On dit que la France est le pays de la liberté et de la fraternité,
le pays des droits de l'homme, et cela fait 40 ans que l'on parle de la torture
et de la Guerre d'Algérie. Pourtant, pour la France, cette guerre reste
un tabou.
G.T.: La preuve que non, c'est qu'on en parle.
Q.O.: Mais avec toi. Est-ce que tu penses que la France est le pays des droits
de l'homme ?
G.T.: Cela fait deux siècles qu'on y travaille.
Q.O.: Tu as un itinéraire exceptionnel. Tu as consacré ta vie
aux autres, et tu continues à 93 ans à défendre une certaine
conception de la vie. Qu'est-ce qui est important dans la vie pour toi ?
G.T.: De ne pas mentir. Et j'aimerais lire ton papier avant que tu ne l'envoies
à ton journal.
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